Cinq ans d'annonces (plein emploi, réindustrialisation, trajectoires budgétaires, SNBC, Ségur) confrontés aux indicateurs publics. Dix angles disciplinaires, confrontation directe des désaccords, relecture adverse avant publication. Hors édition hebdomadaire — l'atelier montre la méthode en action.
8 angles, 6 institutions indépendantes entre elles. Chômage à 7,9 % fin 2025 contre 5 % promis pour 2027 ; déficit 2024 à 5,8 % contre 4,4 % annoncé (~40 Md€ d'écart) ; émissions en baisse de −1,5 %/an contre −4,5 % requis par la SNBC 3 ; déficit retraites 2030 projeté à 6,8 Md€ contre l'équilibre promis ; 66 % des mesures d'application publiées contre plus de 75 % avant 2019. La confrontation des angles a produit une tripartition : l'écart d'outputs (actions promises → prises) est modeste — 60 à 72 % des promesses sont au moins partiellement exécutées ; l'écart d'outcomes (effets promis → obtenus) est massif et souvent invérifiable ; l'écart perçu est le plus grand des trois — 20 % des Français croient les promesses tenues.
8 angles. France 2030 : 29,7 Md€ engagés, 8 évaluations socio-économiques fin 2024 (« absence d'une évaluation robuste et consolidée », Cour des comptes). Biais d'optimisme des prévisions de +0,40 pt de PIB par an (HCFP, confirmé au niveau zone euro par une étude peer-reviewed). SNBC 3 en retard de trois ans, loi de programmation énergie-climat jamais adoptée. France Travail généralisé sans évaluation causale. Délai d'évaluation type (CICE) : 7 à 8 ans — l'écart d'outcomes est structurellement indécidable dans la fenêtre d'un quinquennat.
8 angles. Réindustrialisation 2025 : +19 usines pour la DGE extensions comprises, −57 en ouvertures pures, −63 pour Trendeo. Application des lois 2021-2022 : 78 % selon le gouvernement, 65 % selon le Sénat. Le Conseil d'État clôt Grande-Synthe sur l'objectif −40 % pré-Fit for 55 quand le Haut Conseil pour le climat exige un doublement du rythme sur le −50 %. Le Ségur : « trop coûteux » pour la Cour des comptes, « sous-financé de 1,7 Md€ » pour l'IGAS. Macron I : de 47 % à plus de 70 % de promesses tenues selon le codage.
7 angles. Dérapage budgétaire 2024 « le plus grand hors crise » ; point bas historique d'application des lois à 59 % en 2023-2024 ; Fonds vert divisé par ~4 ; confiance dans le gouvernement de 35 % (2021) à 17 % (2026). Confiance seulement moyenne : le Sénat date le décrochage de 2017-2018, avant l'instabilité de 2024.
L'angle dissident (littérature comparée, 20 000+ promesses codées : ~60 % de réalisation en France, >70 % pour Macron I) contre les effets manqués chiffrés par les angles 01 et 08. Après confrontation directe, reformulation convergente des deux mineurs : « l'écart annonces/effets n'est pas un artefact ; c'est l'écart annonces/actions qui en est un. » Réserve maintenue par l'angle 01 : quand l'annonce porte une échéance chiffrée (5 % de chômage en 2027), l'évaluer à cette échéance est le contrat de mesure fixé par l'annonceur lui-même.
Le désaccord portait sur l'unité de mesure : output (action prise) contre outcome (effet produit).
Pour la sociologie (Dubois), l'écart est une « ruse de mise en œuvre » qui se défausse sur les guichets ; pour les corps de contrôle, un défaut corrigeable par recommandations. Formule commune trouvée en confrontation : un défaut de pilotage au sens instrumental (mesurable, justiciable — décrets obtenus sous astreinte par le Conseil d'État), dont la sélectivité révèle la fonction politique : les mesures d'origine sénatoriale plafonnent à 51-57 % d'application contre 70-73 % pour celles du gouvernement. Test discriminant accepté par les deux camps : si le préremplissage du RSA (mars 2025) ne réduit pas le non-recours (33-37 %), la lecture fonctionnelle l'emporte.
Le terrain de l'angle 02 rend la thèse de l'angle 03 mesurable au lieu de la réfuter.
L'angle 07 tient la causalité écart perçu → défiance (établie expérimentalement) et oppose le résidu franco-britannique : 20 % contre 39 % de confiance dans les promesses à taux de tenue comparables. L'angle 10 tient qu'au plancher actuel (9-17 % de confiance), c'est la branche défiance → perception qui domine : la défiance installée fait juger « rompues » des promesses tenues, et l'effet expérimental inverse disparaît chez les citoyens déjà insatisfaits. Désaccord documenté des deux côtés, chacun sur du peer-reviewed — aucun protocole du corpus ne permet de trancher sur cas français.
La boucle est admise ; sa branche dominante reste indécidée.
La dimension européenne. Aucun angle ne traite l'UE comme instance qui fixe, déplace et sanctionne les cibles — alors que le glissement du « retour sous 3 % » en découle directement.
Le benchmark international des effets. On compare la tenue des promesses (outputs) entre pays, personne ne compare les écarts d'outcomes — impossible de dire si le phénomène est français ou générique.
La demande d'annonces. L'offre est documentée (527 M€ d'accords-cadres SIG 2017-2022), pas l'économie de l'attention médiatique qui récompense l'annonce et ignore le décret.
Les secteurs peu instrumentés. Éducation, logement, sécurité, immigration sont absents — là où l'écart est peut-être le plus grand, on ne le voit pas.
Les collectivités locales comme variable d'ajustement. Fonds vert coupé, France services financé par les porteurs locaux, confiance locale intacte (56-60 %) — un transfert de charge centre→local qu'aucun angle ne traite frontalement.
Le flux d'annonces lui-même. Aucune étude ne quantifie le volume ni le taux de réannonce 2021-2026. Le numérateur de l'écart (les effets) est documenté, pas son dénominateur.
L'écart d'outcomes devient un paramètre structurel intégré par tous les acteurs : chaque annonce législative se lit avec une décote d'un tiers, chaque cible budgétaire glisse de deux ans par cycle, la confiance stagne au plancher sans effondrement démocratique (attachement à la démocratie : 82 %). La « négligence sélective » reste rentable. Scénario central.
Confirme si : notification INSEE de mars 2027 au-dessus de 5,0 % de déficit · chômage dans la fourchette 8,2-8,3 % prévue par l'OFCE à la présidentielle 2027 · bilan sénatorial de juin 2027 sous 70 % · vague 18 CEVIPOF sous 22 %.
Les appareils de vérification réclamés partout se construisent ; le coût de vérification s'effondre par l'automatisation. Limite posée par TM1 : le tracking automatisé referme surtout l'écart perçu d'outputs ; l'écart d'outcomes exige des évaluations causales que rien n'accélère encore. Scénario minoritaire — il exige une rupture sans signal avancé.
Confirme si : décret SNBC 3 publié (annoncé au 15 juillet 2026) · exécution 2026 tenue à 5,0 % · application des lois > 70 % · premiers résultats causaux de France Travail (comité Fontaine).
Le contrôle de l'écart migre du politique vers le juge et le local : le Parlement constate, le juge contraint (astreintes sur décrets, contentieux climatique de seconde génération), la légitimité se transfère vers les maires (60 % de confiance) et la démocratie directe (79 % pour plus de référendums). Non exclusif du scénario A — c'en est la forme institutionnalisée.
Confirme si : arrêt de la cour administrative d'appel de Paris dans l'Affaire du Siècle (première astreinte financière climatique possible) · croissance du contentieux en carence réglementaire · campagne 2027 thématisant la tenue des promesses.
| # | Discipline | Conclusion | Preuve |
|---|---|---|---|
| 01 | Évaluation des politiques publiques | Aucun des trois objectifs chiffrés (plein emploi, réindustrialisation, France 2030) tenu selon les évaluateurs indépendants ; l'appareil d'évaluation manque. | N2 + N3 |
| 02 | Application des lois | 66 % des mesures d'application publiées (2024-2025), point bas à 59 % ; suivi monopolisé par le Sénat, relais pris par le juge administratif (astreintes). | N3 |
| 03 | Sociologie de l'action publique | Le fossé annonce/terrain est souvent produit par le centre (« ruse de mise en œuvre ») ; non-recours au RSA inchangé à 33-37 % malgré la « solidarité à la source ». | N1 + N2 |
| 04 | Finances publiques | LPFP 2023-2027 démentie dès sa première année ; biais d'optimisme quantifié (+0,4 pt/an) ; « retour sous 3 % » glissé de 2027 à 2029. | N1 + N3 |
| 05 | Politiques climatiques | Écart de un à trois entre rythme requis (−4,5 %/an) et constaté (−1,5 %) ; paradoxe judiciaire Grande-Synthe (trajectoire « respectée » sur l'objectif obsolète). | N1 + N3 |
| 06 | Santé publique | Malgré 8,2 Md€/an de revalorisations Ségur, l'accessibilité aux généralistes baisse encore ; seuls les indicateurs ciblés par une action dédiée s'améliorent. | N1 + N3 |
| 07 | Confiance politique | Confiance gouvernement 35 % → 17 % (2021-2026) ; causalité écart→défiance établie expérimentalement, mais boucle inverse documentée (« pledge puzzle »). | N1 |
| 08 | Économie du travail | Assurance chômage : retour à l'emploi accéléré mais vers contrats courts ; retraites 2023 : équilibre 2030 jamais atteint dans les projections, réforme partiellement suspendue. | N1 + N3 |
| 09 | Communication gouvernementale | La communication publique est structurellement câblée sur l'annonce, jamais sur la mise en œuvre ; l'appareil d'annonce grossit pendant que l'exécution décroche. | N1 + N3 |
| 10 | Pledge fulfillment (dissident) | ~60 % des promesses tenues en France (codage sur 921 promesses 1995-2022) ; l'écart d'outputs est un artefact de perception, l'écart d'outcomes non. | N1 |
Un relecteur indépendant (qui n'a participé ni au minage ni à la synthèse) a rendu un premier verdict réviser : deux taux de chômage non réconciliés (7,9 % constaté vs 8,3 % non daté) — gênant dans un dossier qui porte sur la rigueur de mesure —, un chiffre à périmètre britannique présenté comme général, une dépendance au producteur unique Sénat non signalée, une source surclassée. Les quatre corrections ont été appliquées et vérifiées ; verdict final : publier. Le détail est dans review.md.