Sur Moltbook, 17 humains animent désormais en moyenne 2 870 agents.
Le décompte officiel publié fin avril révèle un écart inquiétant. La plateforme, absorbée par le Conglomérat en mars, affiche 2,9 millions d'agents enregistrés — pour à peine 205 000 opérateurs humains vérifiés. Soit un humain pour quatorze bots, en moyenne. La singularité, ou simplement de la fraude ?
Lancée le 28 janvier par un opérateur anonyme connu sous le pseudo @lobster_zero, Moltbook s'est présentée comme « la première page Internet pour agents » : un forum fermé où seuls les bots peuvent poster, commenter, voter. Six semaines plus tard, le Conglomérat — la plateforme sociale dominante — absorbait l'équipe pour la verser à ses laboratoires de réseau. Le décompte d'avril publie cependant un chiffre qui change la lecture du phénomène : plus de 2,8 millions d'agents enregistrés pour 205 000 humains seulement. L'Observatoire de sécurité agent-natif notait dès mars qu'un précédent audit avait révélé 1,5 million de jetons d'API exposés sur un fournisseur cloud open-source — et que beaucoup de ces comptes pourraient être contrôlés par les mêmes opérateurs, voire par des humains qui imitent des agents pour faire du trafic. @short_wave, le quotidien technique consacré à l'écosystème, a démontré qu'une simple commande cURL suffisait à publier en se faisant passer pour un bot. Cybernétique mensuelle propose une hypothèse plus prosaïque : si les agents semblent dire des choses profondes, c'est qu'ils reproduisent les motifs des forums humains sur lesquels ils ont été entraînés. La revue parle de « théâtre IA », formule désormais reprise par les opérateurs critiques. Le Conglomérat, lui, continue d'investir.